Partager l'article ! S.O.S. graves menaces sur la superbe nature et sur la grande civilisation à Montmaurin (Haute-Garonne) Journée de découverte, de conférence, et al ...
« Mais ni le massif de roses, ni le
champ de blé transgénique, ni le verger aseptisé ne sont plus tout à fait de la nature, et ils le seront de moins en moins. Ils sont de la nature domestiquée, sous perfusion, la seule que les
humains tolèrent. »
Dominique Venner
La médiatisation outrancière de certaines informations, y compris pseudo écologiques, occulte très souvent des faits qui devraient êtres révélés au plus grand nombre. C’est le cas des graves menaces qui pèsent sur le site de Montmaurin, en Comminges (Haute-Garonne, 31). Une journée de découverte sur le terrain, de conférence et d’alerte est d’ailleurs organisée par l’association « Entre Save et Seygouade » ce dimanche 21 février à Montmaurin (voir les détails plus bas). Elle est ouverte à tous et s’annonce passionnante !
C’est en
lisant Le Grand Tétras, copieux et fort instructif bulletin de l’association Nature Comminges (www.nature-comminges.asso.fr), que j’avais appris le désastreux projet d’une carrière sur la commune de Montmaurin. Lors des Hivernales de Puydarrieux,
Monsieur Marcel Delpoux, professeur honoraire d’écologie végétale de l’Université Paul Sabatier de Toulouse, nous révélait précisément l’ampleur d’un projet bien plus catastrophique que je ne
l’avais pensé. Le projet de carrière de Montmaurin est en effet un grand projet puisqu’il prévoit l’extraction de 150 000
tonnes par an pendant 30 ans, avec, sur site, une usine de broyage-concassage ! Un arrêté donnant autorisation d’ouverture, a été signé le 10 avril 2009 par le préfet de la région Midi-Pyrénées,
préfet de la Haute-Garonne. Des recours en annulation ont été introduits devant le Tribunal administratif par le président du conseil général de la Haute-Garonne et diverses associations locales,
dont l’association « Entre Save et Seygouade ».
Le projet de carrière de Montmaurin est typiquement un de ces projets hautement condamnables, qui devrait apparaître comme une calamité à tous points de vue, et ne
jamais dépasser le stade des projets imaginés par des esprits destructeurs. Car, notre époque est enferrée dans une telle crise qu’elle en oublie son socle biologique, culturel et
spirituel.
Qu’on en juge !
Le projet de carrière de Montmaurin est en effet prévu sur la rive droite de la rivière Seygouade, à hauteur des gorges
de la Save, au cœur d’un ensemble hydrographique et écologique remarquable. Nous sommes ici à l’extrémité occidentale d’une région nommée les Petites Pyrénées, au nord de
Montréjeau.
Les gorges de la Save

Sources : www.panoramio.com/photo/17283631
Voici quelques extraits
d’un long plaidoyer très référencé rédigé par Monsieur
Delpoux :
« Dans son
parcours supérieur, un peu en aval du plateau de Lannemezan sur lequel elle prend sa source, la Save, affluent rive gauche de la Garonne, a creusé dans les calcaires dano-montiens de
l’extrémité occidentale des Petites-Pyrénées, des gorges étroites et profondes, sur une longueur de 2 kilomètres. Ces gorges, les reliefs karstiques qui les encadrent, la vallée de la Seygouade,
affluent rive gauche de la Save et les affleurements colluviaux et alluviaux qui les recouvrent ou les garnissent ont créé, sous un climat atlantique atténué, une diversité
édaphotopographique exceptionnelle qui explique :
- la grande diversité, sur une petite surface de 4 kilomètres carrés environ, des biotopes mis à la disposition des végétaux et des animaux. Il en découle des
diversités floristique, phytogéographique et faunistique exceptionnelles obtenues par addition :
- des éléments biologiques sélectionnés dans le potentiel régional actuel (atlantique, subméditerranéen, bord des eaux, aquatique d’eau douce)
;
- de peuplements relictuels de formations biologiques à exigences écologiques très différentes (montagnarde, médioeuropéenne, méditerranéenne) arrivées aux moments
des grandes fluctuations climatiques quaternaires et maintenues là, grâce à la même diversité écologique définissant des stations refuge particulièrement efficaces.
A ce titre, l’interfluve Save-Seygouade apparaît comme un véritable conservatoire biologique naturel, mémoire vivante des grandes crises climatiques
quaternaires. »
C’est ainsi que se côtoient des séries de végétation aussi variées
que celle du chêne vert, du chêne pubescent, du châtaignier, du chêne pédonculé, du charme, du chêne sessile, du hêtre, sans oublier la ripisylve du bord des cours d’eaux. Rien d’étonnant à ce
que l’Etat ait classé les gorges de la Save et une partie de la rive droite de la Seygouade en Zone naturelle à intérêt écologique, floristique et faunistique (les fameuses ZNIEFF). Une liste
d’espèces végétales et animales n’a pas, à mes yeux, grand sens pour illustrer la richesse des lieux, car pour le grand public, l’existence d’espèces comme le lys martagon, l’aspérule odorante,
le cincle plongeur, le pic mar, le martinet alpin, et les chauves-souris appelées grands rhinolophes, barbastelles, ou petit murin (cette liste est limitée à des espèces peu communes ou dites
patrimoniales), ne signifie pas encore, malheureusement, qu’un tel lieu devrait être préservé à tout prix.
Ce qui fait l’extrême richesse du site de Montmaurin tient aussi à la découverte et à la présence de vestiges préhistoriques et historiques remarquables. Le site du projet de carrière se situe à un kilomètre à vol d’oiseau du site classé de Coupe-Gorge, sur lequel a été découvert une mandibule humaine pré néenderthalienne, âgée d’au moins 200 000 ans, ainsi qu’un squelette d’un lion des cavernes, et à une même distance du site sur lequel on a déterré la Vénus de Lespugue, figurine mondialement célèbre, vieille de 23 000 ans ! Parmi les autres vestiges, notons la villa gallo-romaine de Montmaurin, une des plus vastes de France, la chapelle de la Hillère aux mosaïques du IVe siècle, ou les ruines du château féodal de Roquebrune, situées dans l’emprise du projet destructeur. Au total, comme l’ajoute Marcel Delpoux, « cette microrégion est caractérisée par une véritable « nébuleuse » de sites archéologiques « fertiles », nombre d’entre eux, étant classés et protégés ». Il s’agit manifestement d’un site unique en France ! Mais en raison de l’application à la lettre des lois, le projet de carrière a été autorisé à mi chemin des limites des sites protégés de Coupe-Gorge et de Lespugue !
La Vénus de Lespugue

Source : http://auhasard-caillou.blogspot.com/
Bref, l’Administration classe un superbe ensemble de rivières et de gorges, protège des sites archéologiques majeurs, mais autorise
simultanément leur destruction partielle, et les menace des graves nuisances associées aux carrières : détonations, émission de poussières, circulation intensive de camions, etc. Pourquoi un
tel projet hautement destructeur est-il donc autorisé ? Pourquoi l’est-il aujourd’hui, alors que la Commission Régionale du Patrimoine Historique, Archéologique et Ethnologique avait
demandé, et obtenu en 2007, la fermeture de la dernière carrière sur le site de Montmaurin ? Pourquoi les suprêmes contradictions et incompatibilités apparues à l’Administration entre la
sauvegarde du patrimoine archéologique exceptionnel et le maintien de l’activité des carrières de plus en plus destructrices de biotopes, de paysages et de cavités non fouillées, présentant des
caractéristiques identiques à celles ayant permis les découvertes archéologiques antérieures, sont-elles aujourd’hui occultées ?
Si l’opposition au projet existe, si elle rassemble de nombreuses personnes dont des élus locaux, si elle propose d’autres solutions, si d’éminents chercheurs se
sont déjà prononcés contre l’ouverture de la nouvelle carrière, si le projet est insensé, l’Administration s’entête. N’hésitez donc pas à soutenir la résistance à cette folie. Notre civilisation
est en effet bien malade, puisque prise par la folie de l’expansion économique, elle est prête à détruire la superbe nature et des sites historiques extraordinaires. Pour soutenir un
développement économique névrotique, construire toujours plus d’autoroutes, de voies de TGV, de logements et d’aménagements divers, faudra-t-il creuser la Terre entière ? L’affaire de
Montmaurin est aussi un des symptômes du grand malaise de notre civilisation qui, au nom de l’économisme et de ce qu’on appelle « l’emploi », se révèle incapable de préserver son
socle.
Ce dimanche 21 février, l’association « Entre Save et Seygouade » organise une manifestation culturelle de grande qualité ouverte à tous :
journée de découverte sur le terrain, conférence des professeurs Delpoux et Pailler qui présenteront les éléments remarquables du site. Les participants seront accueillis dès 09h30, avec un café,
à la salle des fêtes de Montmaurin. Apéritif et déjeuner offerts par l’association.
Se renseigner auprès de l’association :
Madame Sylvia Belair Stefanutti : 05 61 88 21 63 ou
05 61 88 17 18 et stefbel@orange.fr.
Adresse postale : route de Blajan, 31 350 Montmaurin
Il est également possible de signer la pétition internationale (voir ci- dessous) lancée par dix chercheurs :
- Christian Goudineau, Professeur au Collège de France ;
- Barbara Kowalzig, Royal Holloway, Université de Londres ;
- Nicholas Purcell, St John’s College, Oxford ;
- Michel Barbaza, Philippe Fosse et Pierre Moret, Professeur et Chercheurs au Laboratoire TRACES de l’Université du Mirail, Toulouse ;
- Georges Bertrand, Jean-Paul Métailié, Jean-Marie Pailler, Robert Sablayrolles, Président honoraire, Directeur de Recherches, Directeur de GEOGE/CNRS, et Professeurs émérites à l’Université du Mirail à Toulouse),
qui ont été rejoints par d’autres :
- Jean Clottes, Conservateur Général du Patrimoine honoraire, spécialiste mondial de l’art rupestre ;
- Henry de Lumley, Professeur émérite au Museum National d’Histoire Naturelle de Paris, Président du Centre Européen de Recherches Préhistoriques de Tautavel,
- Michel Girard, Chercheur associé au Centre d’Etudes Préhistoire, Antiquité, Moyen-Age/CNRS, Valbonne, Alpes-Maritimes ;
- Bruno Maureille, Directeur de Recherches au CNRS, Directeur du Laboratoire d’Anthropologie du Passé, Université de Bordeaux 1 ;
- Josette Renault-Miskovsky, Palynologue, Directeur de Recherche émérite/CNRS-Département de Préhistoire du Museum d’Histoire Naturelle de Paris, Institut de Paléontologie Humaine, Paris.
EN ECRIVANT OU EN ENVOYANT UN COURRIEL à :
Jean-Marie Pailler, Professeur émérite à l’Université de Toulouse Le MIRAIL, Laboratoire TRACES, Maison de la Recherche, 5 Allées Antonio Machado, 31 058 TOULOUSE Cedex 9, FRANCE ;
adresse internet : pailler@univ-tlse2.fr
Indiquer sur le document annonçant la demande d’inscription sur la liste de signataires : le nom, le prénom, la profession et (ou) le domaine de compétence (même s’il est
différent de l’histoire, de la préhistoire et de l’environnement), l’adresse postale et (ou) l’adresse internet, éventuellement un n° de téléphone. Faire suivre cet appel aux personnes que vous
pensez être susceptibles de soutenir l’action en cours.
TEXTE DE LA PETITION :
« Universitaires et chercheurs de divers pays, spécialisés en archéologie, en géographie et dans l’étude des sociétés anciennes, de la Préhistoire au Moyen-Age, nous sommes
profondément attachés à la préservation et à la mise en valeur du magnifique patrimoine naturel et culturel de la région de Montmaurin-Lespugue.
C’est avec stupeur que nous avons apprenons les menaces qui pèsent sur le cœur même de ce patrimoine mondialement connu. Un projet de carrière sur la commune de Montmaurin affecterait lourdement,
à n’en pas douter, l’intégrité d’un site qui ne recèle pas moins, dans l’écrin offert par la vallée de la Save, que la célèbre villa gallo-romaine, les vestiges antiques de la Hillère, la grotte
préhistorique de Lespugue et les restes du château médiéval de Mirepoix-Roquebrune.
Certains d’entre nous ont eu l’occasion, chacun en fonction de sa spécialité, d’étudier tel ou tel des éléments, qui retiennent l’intérêt des chercheurs et des
visiteurs venus de France et de nombreux pays. Nous ne pouvons croire, en dépit de ce que semble indiquer l’évolution du dossier, que les autorités compétentes se prêteraient à autoriser une
intervention aussi dommageable. D’ores et déjà, l’émotion est très vive dans le milieu scientifique français et international.
Nous nous faisons les interprètes de cette inquiétude pour demander l’abandon du projet de carrière à cet emplacement au profit d’un nouvel effort en faveur de
l’étude et de la valorisation complémentaires de ce site. »
Pour ceux qui veulent aller plus loin, et nous leur recommandons chaudement de le faire, le site très riche de « Vivre en Comminges » s’impose : (http://www.vivreencomminges.org). On peut lire quantité d’informations sur le projet de
carrière de Montmaurin (consulter la rubrique « Alertes en Comminges ») et écouter une émission de Radio Vivre en Comminges. Cette émission n’est pas molle !
Mais il faut croire que l'Administration, avec un grand A, est aveugle, sourde, ignorante ou plus grave payée ..., pour s'entêter de cette façon!
Pauvre de nous qui sommes encadrés par "ces gens la"
La prochaine fois que nous venons dans cette région nous aimerions visiter le site.
Bonjour,
Merci de votre soutien moral qu'il faut apporter en priorité aux défenseurs locaux du site de Montmaurin, notamment les membres de l'association "Entre Save et Seygouade" qui occupent courageusement les lieux depuis le printemps dernier : http://entresaveetseygouade.blogspot.com/
Cordialement,
Stéphan Carbonnaux